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Les enfants du chaos

"Les enfants du chaos. Il n’y a pas eu d’enfants du chaos, finalement. Non que le chaos n’eût pas enfanté. Des enfants, ou des monstres. Au contraire, ils sont innombrables, et, on le sait, d’une effrayante banalité, sans cesse renaissants, qui l’eût cru ? Simple constatation qui suffit à débarrasser de son apparente futilité ce minuscule chapitre de l’Histoire de la Littérature : le voyage d’un écrivain français célèbre (moue) assez célèbre, à Berlin. (Il inspire largement. On entend dans le lointain un orgue de barbarie qui égrène dans une cour l’air de Paul Lincke.) Berliner Luft ! Ici, le sommeil est léger et intermittent, mais il l’ignore encore. Tout comme il ignore qu’il n’y aura pas d’enfants du chaos. Peut-être sont-ils là, dans cette valise à ses pieds. Dans les limbes. Il attend son guide, mais personne ne vient. Il se fait tard. Des ombres passent, un brouillard froid monte de la Sprée, et l’inquiétude s’insinue en lui avec le brouillard. Cet homme un peu gras, un peu mou, cet écrivain célèbre (moue) assez célèbre, qui ne sait pas encore qu’il recevra le Prix Nobel couronnant une vaste saga familiale, c’est moi, Roger Martin du Gard, mais ici, ce sera RMG…"

Juin 2015 : visite au Tertre, le domaine de Roger Martin du Gard dans le Perche, à l’initiative de Jean-Claude Berutti. Jean-Claude Berutti, qui a mis en scène et joué Confidence africaine me rappelle la belle dédicace à Annemarie Schwarzenbach que Roger Martin du Gard a rencontrée lors d’un voyage à Berlin en 1932 : « « Pour Annemarie en la remerciant de promener sur cette terre son beau visage d’ange inconsolable. RMG ». Las des textes de commande, je souhaitais écrire sans contrainte, sans échéance précise. Au fil de nos discussions dans la bibliothèque du Tertre, Jean-Claude suggérait cette idée : Annemarie Schwarzenbach guidant RMG dans la nuit de Berlin, la rencontre de l'écrivain français avec l'étrangeté absolue, inquiétante en une promenade socratique.Septembre 2018 : Les enfants du chaos (titre emprunté à Roger Martin du Gard qui eut en 1945 le projet d’une comédie jamais écrite sur la jeunesse de l'après-guerre) est achevé. Pour autant qu’un texte puisse jamais l’être.
 
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