www.michelberetti.net
Œuvres    
Désordres lyriques

Désordres lyriques
en collaboration avec Arman
musique : Georges Aperghis
avec : Jacques Bona, Cécile Claude, Pierre Danais, Marie Duisit, Armelle de Frondeville, Mario Hacquard, Liliane Mazeron, Siguine von Osten, Evelyne Razimowsky, Sylvie Sullé, Michel Verschaeve, Martine Viard
orchestre de l’Opéra National de Paris,
direction musicale : Yves Prin
réalisation : Michel Beretti
création le 21 janvier 1988 à l’Opéra Comique, Salle Favart
 

« Le rideau s’ouvre. Cri. (Elle meurt) Le rideau se ferme. »
Pandémonium

« Un jour, en me promenant dans une décharge publique, à l’époque où je travaillais aux Poubelles, je vis, posé en équilibre sur un tas de détritus fumants, un fauteuil Louis XV ; au moment où je le vis, le fauteuil qui se consumait sans flammes bascula. » (Arman) L’héroïne meurt ; une chaise flambe. La Stilla a du style, son chant échappe aux amours du vulgaire, elle ne peut être qu’assoluta, comme chacun sait, de Malibran à la Callas (« mais, Monsieur, on ne touche pas à la soprano » comme le disait, il y a quelques décennies encore, un vieux chanteur à un metteur en scène présomptueux). La Malibran, la Callas : ce qui nous reste d’elles, c’est, avec la réminiscence mécanique d’une voix ETEINTE, la trace d’une COMBUSTION : elles ont été brûlées par leur feu intérieur.
Arman devait un jour, fatalement, rencontrer l’Opéra. André Breton s’était mépris lorsqu’il s’était écrié à la vue d’un violon scié de l’artiste : « Voici comment j’aime la musique ! » Un homme qui démolit avec une telle constance tous les instruments de musique possibles ne peut être qu’un mélomane passionné. Rarement des œuvres où les violons, réduits au silence, s’étalant, disséqués, plaqués sur les murs, n’auront été autant chargés de musique. Musique défunte pour notre époque.
Au geste de la destruction correspond, symétrique, celui de l’accumulation. Les objets s’accumulent, jusqu’à ce qu’ils soient sciés, écrasés, explosés, brûlés ; puis ces destructions sont à leur tour rassemblées, incluses dans le plexiglas, collées sur panneau. En une démarche curieusement semblable à celle de l’Opéra, des objets d’amour sont détruits en de mémorables colères, en de soudaines irruptions d’agressivité. De la même façon que l’Opéra met en jeu des sentiments paroxystiques, les objets d’Arman volent en éclats, comme lorsqu’on explose de colère, ou que l’on éclate en sanglots.
Ce sont les opéras qui se retrouvent ici sciés, décomposés, recomposés, réduits à l’essentiel, juxtaposés. Sans intrigue ni personnages, Désordres lyriques n’est pas un opéra, mais une succession de séquences répétitives qui finissent par avoir le goût de l’Opéra – par «faire opéra»?
Vacarme de moteurs. Lumière. Un défilé de motos s’est arrêté net, enfoncé dans le plancher de la scène. Ceux qui en descendent errent dans ce temps brusquement pétrifié, dans l’enfer de l’Opéra. L’enfer de l’Opéra : dans ses vastes magasins, séjournent les fantômes du répertoire, ensevelis avec le capharnaüm qui les a accompagnés : objets poussiéreux, certains calamiteux, d’autres dont l’usage demeure énigmatique, aussi loin que peut remonter la mémoire des plus vieux accessoiristes : la trace d’un pied sur un parapet, des taches de sang sur un mouchoir, les marbrures sur une peau si blanche, le creux sur un lit laissé par un corps, si léger.
M.B., 1988


Désordres lyriques

Désordres lyriques

Désordres lyriques

 
À lire également
Madame Tirailleur (2019)
1914, quelque part dans un village d’Afrique de l’Ouest. Ouleye est fière d’avoir épousé un tirailleur sénégalais de l’armée coloniale des Français. Mais voilà la Grande Guerre. Bravant la réprobation des femmes, Ouleye revêt l’uniforme pour suivre son mari en France sur les champs de bataille : elle a peur qu’une Blanche lui vole son mari, et n’est-elle pas une bonne épouse dont le devoir est d’assurer à son mari la cuisine et le lit ? Ainsi Ouleye va-t-elle jeter sur la France, la guerre et le monde étrange des Blancs son regard faussement naïf et décalé…
 
Alima Togola enregistre Mme Tirailleur à Joliba FM
 
"En couple" dans les Lycées de Sikasso (Mali) (2021)
"En couple" Lycees de Sikasso 2021

Créée en 2015 à Cotonou, au Bénin, En couple continue son chemin dans les Lycées de Sikasso, au Mali, où des lycéens ont choisi d'en jouer des extraits, et à l'Institut national des Arts de Bamako où la pièce a été prise comme travail de diplôme. Jean-Marie Ambroise Traoré et Honorine Diama qui l'ont déjà souvent jouée envisagent de la reprendre dans la mise en scène d'Hypolitte Kanga.
 
Fin des représentations de la "Légende Baoulé" (2021)
Le retour de l'épidémie en Europe a obligé les deux compagnies Deux Fois Rien (Suisse) et des Pataclowns (Bénin-Côte d'Ivoire) à annuler les dernières représentations de "La Légende Baoulé" prévues fin 2020. On ne verra plus ce beau spectacle d'ombres. Mais Fidèle Baha, Hyacinthe Brika, Anne Compagnon, Christelle Nicod et leurs collaborateurs ont tout de même donné 105 représentations et fait rêver 10 000 enfants pendant deux ans, en Suisse et en France, puis au Bénin, au Togo et en Côte d'Ivoire.