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De la nature des choses

De la nature des choses
avec : André Steiger
mise en scène : Hervé Loichemol
espace : Roland Deville
De la nature des choses a été créé le 2001 au Théâtre des Célestins, Lyon

Un professeur de philosophie commente le Livre Deuxième de De la Nature de Lucrèce : « Il est doux quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d’assister de la terre aux rudes épreuves d’autrui... » Il est interrompu par le chahut de ses élèves, puis par l’entrée de deux policiers : Marius Klein se découvre Juif.
Pour le dernier spectacle qu’il crée avant sa mise à la retraite, le comédien et directeur de théâtre Carmelo Agnello a choisi de monter une pièce retraçant l’arrestation, la déportation et la mort à Auschwitz du professeur de philosophie Marius Klein.
Sur le théâtre vidé de tout décor, Carmelo Agnello pérore, harangue ses comédiens en coulisse, s’en prend au régisseur, morigène le souffleur. Les répétitions traînent et s'effilochent. Carmello Agnello n'a choisi de montrer l'histoire de Marius Klein que parce qu'elle est impossible à représenter. Aussi élimine-t-il peu à peu de son spectacle tout élément de théâtralité et condamne-t-il la scène - littéralement - en la faisant murer.
Mais il y a eu à Auschwitz un professeur de philosophie nommé Marius Klein, amateur de Lucrèce, mort dans la terreur, dont l’âme errante entre les mondes revient hanter les nuits, puis les jours de Carmelo Agnello, qui lui abandonne la scène, se réfugiant dans la salle où il campe, incapable de sortir du théâtre. Même le parterre n'est plus un asile sûr. Il cherche vainement à se débarrasser de l'âme qui le possède, folle de terreur et de souffrance. Carmelo Agnello ne pourra s'en libérer qu'en revivant avec cette âme une mort qu'elle ignore, car elle l'a vécue dans les ténèbres et l'abjection.
Malentendus: le dialogue s'engage entre le vieil homme de théâtre et l'âme qui a trouvé ce refuge dans son corps. Carmelo Agnello doit raccompagner dans son voyage l'âme de Marius Klein qui retrouve brusquement la mémoire de sa mort quand il la revit avec le comédien.
Impitoyable, l'âme de Marius Klein contraint le vieil acteur risible et pitoyable à s'avouer qu'il est seul dans son théâtre dont il n'est même plus le directeur.
Entre un ange noir.
L'âme de Marius Klein persuade Carmello Agnello de se mesurer avec l'ange qui se révèle n'être qu'une marionnette, et le prie de représenter la scène qui l'obsédait à Auschwitz: le procès de Dieu.
Carmelo Agnello accepte de jouer une dernière fois, car il ne pense plus qu'à se laisser couler dans la mort. Comme toujours, Dieu ne répond que par son silence.
L'âme de Marius Klein s'échappe. Carmelo Agnello a surmonté sa mort; il continuera à vivre et à exercer son art.

1 personnage (Carmelo Agnello et Marius Klein sont joués par le même comédien), 1 ange noir (rôle muet).

De la nature des choses, Prix 2000 des Journées d'Auteurs de Lyon, est publié aux Editions L'Act Mem (Comp'Act), Chambéry.