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Lever les yeux au ciel

Lever les yeux au ciel

avec : Juan Antonio Crespillo, Anne Durand, Patrick Le Mauff / André Pomarat, Marie-Catherine Theiler
mise en scène : Hervé Loichemol
vidéo : Marie-Catherine Theiler
décor : Jean-Claude Maret
lumières : Christophe Pitoiset
peinture : Julie Maret
régie : Eric Dubos

production : Compagnie FOR / Chartreuse-CNES de Villeneuve-lez-Avignon / Festival d’Avignon / Théâtre de l’Orangerie, Genève / Théâtre Saint-Gervais, Genève / Théâtre Populaire Romand

avec le soutien de l'ADAMI, de la Région Rhône-Alpes, de la DRAC, du Département de l'Instruction Publique de l'Etat de Genève, de la Loterie Romande, de Pro Helvetia - Fondation suisse pour la Culture et de Swissinfo

création le 7 juillet 2006 à la Chartreuse, Villeneuve-lez-Avignon

Attentat théâtral : "enquête politique et poétique sur les traces d'Adriano Sofri. De 1997 à 2006, Adriano Sofri, ancien leader de Lotta continua, mouvement d'extrême-gauche italien, est en prison pour un crime qu'il n'a pas cpmmis. Pendant deux ans et demi, le metteur en scène Hervé Loichemol et l'auteur Michel Beretti ont travaillé à la mise en théâtre du "cas Sofri". Sauf que, pour avoir rencontré ce leader emprisonné qui, depuis sa cellule, continue à écrire et publier, les concepteurs du projet ont vite réalisé qu'ils avaient plus affaire à un philosophe qu'à un militant révolté. Les questions, Sofri les pose plutôt qu'il n'y répond... Du coup, Lever les yeux au ciel tient beaucoup de l'enquête politique avec reconstitution scrupuleuse des faits historiques - passionnant ! mais aussi de l'incise poétique avec une réflexion alerte sur les notions de temps et d'enfermement. Et surtout, ce spectacle, vu à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon et qui a affiché complet pour toutes les représentations, manie l'humour avec finesse et légèreté. Grâce aux comédiens qui prennent un plaisir manifeste à distiller ce propos en pièces détachées. Bonheur largement partagé."
(Marie-Pierre Génécand, 2006)

lever les yeux au ciel
Lever les yeux au ciel

En 1988, Adriano Sofri, ancien dirigeant de Lotta Continua, fut accusé par un repenti d’avoir commandité l’assassinat du commissaire Calabresi 16 ans plus tôt. Après une dizaine de procès entachés d’irrégularités, d’incohérences et de manipulations, il fut condamné à 22 ans de prison avec deux de ses camarades.
Recours juridiques, manifestations de solidarité, publications, spectacles, appels divers et demandes de grâce n’y ont rien fait : enfermé dans la cellule n°1 de la prison de Pise, Sofri n’en sortira qu’en 2015. Il aura alors 73 ans. Pas très loin de là, son dénonciateur vend des crêpes.

Au début donc tout est simple : Sofri d’un côté, nous de l’autre. Lui, durablement enfermé dans sa prison ; nous, loin, ailleurs, désireux de le raconter, montrer, interpréter – et d’en découdre avec l’injustice.
Tout est simple donc : la réalité est circonscrite et le théâtre en rend compte. Les rôles étant répartis, les positions stabilisées, les distances clarifiées, le ciel étant dégagé, le spectacle peut commencer…
Hélas, le théâtre ne vit pas d’équilibre, le monde non plus, et leur face à face réglé a, depuis longtemps, laissé la place à un combat où tous les coups sont permis.

Et Sofri n’arrange rien. L’emprisonnement n’a pas fait de lui une matière inerte, ne l’a pas réduit au silence. Du fond de son trou, il ne cesse d’écrire, de publier, d’intervenir, de se montrer. Il parle de tout, de la prison, de la vie, de l’art, de la politique, toujours des autres. Il regarde le monde, le raconte et ne demande rien, ni faveur ni grâce.
Pire, il remue, il bouge, prisonnier modèle, le voilà en semi-liberté. Puis, il disparaît dans un hôpital, frôle la mort et se retrouve en convalescence quelque part en Toscane.
La réalité n’est décidément plus ce qu’elle était, la présence non plus, et le théâtre alors ? Allez donc raconter une histoire sans fin, en évolution, en mouvement, essayez de vous colleter avec le vivant. Les relations entre la matière événementielle et la scène, l’image et l’acteur, le documentaire et la fiction, tout bouge, fuit, les certitudes fondent, les nuages s’accumulent et le théâtre prend l’eau.
En réalité, si on peut dire, le jeu s’est renversé : ce n’est pas nous qui interrogeons Sofri, mais lui qui questionne le théâtre.
Tragi-comique : une histoire de crêpes qui ne passe pas.
A l’absurdité d’une situation odieuse, et du plus lointain d’un horizon à tout jamais bouché, Adriano Sofri continue de se demander à quoi ressemblent les nuages. Et les comédiens, cul par-dessus tête, regardent le ciel et se demandent, comme chez Pasolini : che cosa sono le nuvole ?
Hervé Loichemol

Hervé Loichemol, Michel Beretti, Adriano Sofri
Hervé Loichemol, Michel Beretti, Adriano Sofri (de gauche à droite)